Un peu d'anticipation 4278


Les mutations qui touchent la Pharmacie dans son ensemble sont parfois d’une réalité très concrète lorsqu’elles s’expriment dans le cadre de l’exercice professionnel quotidien. Modifications réglementaires, innovations techniques ou thérapeutiques et autres bouleversements administratifs constituent autant de changements dont chacun apprécie facilement la portée.
Dès lors que ces transformations se situent sur un terrain qui semble plus abstrait, il est souvent moins aisé de s’imaginer toutes les conséquences potentielles, y compris dans des domaines inattendus.






Un exemple : la remise en cause, par la Commission Européenne, de la législation française qui impose que le capital d’une officine soit détenu par un ou des pharmaciens. L’ouverture du capital des officines, prônée par la CE, aurait des conséquences immédiates : l’entrée en force des investisseurs issus du secteur pharmaceutique (industrie et répartition) avec la constitution de chaînes de pharmacies ou, pire encore, complètement extérieurs plongeant alors la pharmacie hexagonale dans la jungle spéculativo-financière globale qui a démontré, partout où elle s’est épanouie, ses effets délétères. Dans cette hypothèse funeste, on peut imaginer le véritable cataclysme économique, social et éthique qui frapperait la sphère officinale où la notion même de Santé Publique passerait promptement aux oubliettes abyssales de la sacro-sainte rentabilité…
Comment se justifierait alors le monopole pharmaceutique ? Si la défense de celui-ci ne fait pas partie de nos prérogatives, nous y sommes pourtant attachés en raison de son impact sur l’emploi dans nos branches.


Si cette hypothèse peut paraître fantaisiste, quoique néanmoins plausible, une autre considération mérite d’être examinée.
Si, pour l’instant, le capital de l’officine ne peut être détenu que par un ou plusieurs pharmaciens, les dispositions de la loi MURCEF - dont on attend la parution des derniers décrets – prévoient la possibilité pour un pharmacien d’investir dans d’autres officines que la sienne en achetant des parts de celles-ci.
Sans entrer dans le détail technique et complexe du dispositif, on observe une tendance à voir se développer ce type de structure où le capital d’une officine est détenu par plusieurs pharmaciens, pouvant constituer ainsi des « pseudo-chaines » de pharmacies en cascade où un pharmacien détient la part majoritaire de son officine et des parts dans deux ou trois autres officines et ainsi de suite…
Que trouver à redire à ce schéma tant que la légalité est respectée ? Certains aspects méritent d’être analysés un peu plus finement.

Première question : l’ouverture du capital aux adjoints peut paraître très positive. En effet, faute de reconnaissance et de rémunération appropriée, la possession de parts de l’officine peut paraître valorisante. Mais encore faut-il en avoir les moyens, les salaires étant ce qu’ils sont, à moins d’être fils de titulaire !
Outre cette réserve, certains employeurs seraient tentés de poser le problème du statut de l’adjoint qui possède une part du capital de l’officine : est-il toujours un salarié ? On essaiera de le convaincre que les droits et garanties définis par la Convention Collective ne s’appliquent plus à lui. Posséder 5% du capital n’a pas pour effet que l’adjoint devienne taillable et corvéable à merci, exonéré de tout droit et de toute protection.

Deuxième exemple : Dans ce cas de « pseudo-chaines » de pharmacies, que devient le lieu de travail des salariés ? En fonction des journées de forte activité, on tentera d’envoyer, au pied levé, tel ou tel salarié dans l’une ou l’autre des officines pour rogner la masse salariale globale ? On le voit, les conséquences sont pratiques, concrètes et potentiellement douloureuses.

Troisième illustration, plus insidieuse encore : on connaît tous l’image classique de la grande entreprise où les actionnaires prennent des décisions drastiques d’autant plus facilement qu’ils ne connaissent ni ne voient jamais les salariés. Sans vouloir noircir le tableau, les officines possédées en cascade par différents titulaires risquent de reproduire ce schéma peu enviable !
S’il est parfois difficile de travailler dans une très petite entreprise au contact direct et permanent de l’employeur, au moins le salarié est connu. Ses compétences, son savoir-faire, sa personnalité sont identifiées et le dialogue est possible. C’en serait fini de ce type de relation à taille humaine avec le schéma qui nous occupe : l’économie de la SEL passe avant tout ! Il faut faire des économies d’échelle : faisons tourner telle personne et dégraissons !
L’actionnaire et l’actionné… C’est la logique de l’actionnariat dans toute sa splendeur déshumanisée : seule la rentabilité compte. Ce n’est malheureusement pas de la science-fiction : c’est peut-être l’image de la Pharmacie d’Officine de demain.

Comment réagir à ces pseudo-chaines de pharmacies ? Par une véritable chaîne ­ mais de solidarité celle-là ­ de salariés au sein du Syndicat afin de garantir et préserver les droits existants qui s’appliquent à tous les salariés et, mieux, en acquérir de nouveaux. Notre solidarité est la seule façon de ne pas subir ce cauchemar…

Il y a là matière à réflexion et surtout à action !

Olivier CLARHAUT
Secrétaire Général du Syndicat FO Pharmacie Nord-Pas de Calais.
clarhaut@fopharma5962.org
www.fopharma5962.org
ClarhautClarhaut Publié le : Mardi 11 septembre 2007 @ 13:40:57

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